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Julio
Ramon
Ribeyro est avant tout un cuentista, il écrit des nouvelles.
C'est un admirateur de Maupassant, il a d'ailleurs traduit en espagnol
des nouvelles du Maître, des nouvelles "qu'il aurait aimé
écrire". Ses nouvelles sont légères et elles
se distinguent de celles de Buzzati par leur humour. Elles décrivent
des situations quotidiennes, des personnages très communs. Je vous
propose ici des textes plus profonds, plus "philosophiques"
tirés d'un recueil : Proses apatrides.
"Qu'il est facile de confondre culture et érudition
! La culture, en réalité, ne dépend pas de l'accumulation de connaissances,
même dans des domaines différents, mais de l'ordre que ces connaissances
gardent dans notre mémoire et de la présence de ces connaissances dans
notre comportement. Les connaissances d'un homme cultivé peuvent ne pas
être très nombreuses mais harmonieuses, cohérentes et surtout reliées
entre elles. Chez l'érudit, les connaissances semblent s'accumuler dans
des caissons cloisonnés. Chez le cultivé, elles s'organisent suivant un
ordre intérieur qui permet les échanges et la fructification. Ses lectures,
ses expériences sont des ferments qui engendrent continuellement de nouvelles
richesses : sa situation est comparable à celle d'un homme qui ouvrirait
un compte à intérêts. L'érudit, comme l'avare, garde son patrimoine d'une
façon qui ne produit que moisissures et répétitions. Dans le premier cas,
la connaissance engendre la connaissance. Dans le second, la connaissance
s'ajoute à la connaissance.
Un homme qui connaît sur le bout des doigts
le théâtre de Beaumarchais est un érudit, mais est cultivé celui qui,
ayant lu les " Noces de Figaro " se rend compte de la relation qui existe
entre cette œuvre et la Révolution française ou entre son auteur et les
intellectuels de cette époque. De la même façon, le membre d'une tribu
primitive qui possède le monde en dix notions de base est plus cultivé
que le spécialiste en art sacré byzantin qui ne sait pas faire cuire deux
œufs à la coque."
"L'arrivée d'un enfant dans un foyer est comparable
à l'irruption des barbares dans le vieil empire romain. Mon fils a mis
en pièces, en vingt mois d'existence, tous les signes extérieurs et ostentatoires
de notre culture domestique : la petite statue de porcelaine que j'ai
hérité de mon père, les reproductions de sculptures fameuses, les cendriers
bizarres volés avec tant de précautions dans des restaurants, les verres
de cristal ramenés de Pologne, des livres avec des gravures précieuses,
le tourne-disque portable, etc… L'enfant se sent face à ces objets, dont
il ignore l'utilité, comme le barbare face aux produits énigmatiques d'une
civilisation qui n'est pas la sienne. Et comme, malgré son ignorance et
sa déraison, il représente la force, la survie, c'est à dire l'avenir,
il les détruit. Il détruit les signes d'une culture, qui est pour lui
caduque car il sait qu'il pourra les remplacer, depuis qu'il incarne,
potentiellement, une nouvelle culture."
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