Il ya peu, le Nouvel Obs, presentait une interview d'un de mes auteurs espagnols préférés. Eduardo Mendoza est Catalan, il a écrit un très beau livre, peut être Le livre sur Barcelone mais sa vision de cette région n'est pas partisane. La première phrase de l'interview à elle seule mérite la lecture. Une petite exception donc dans ce site consacré à l'Amérique du sud.

Mes Barcelone

Le grand écrivain espagnol, dont les romans se nourrissent de sa ville, parle du nationalisme catalan, du cosmopolitisme et des métamorphoses de son pays

Nationalisme

Je suis moitié anarchiste, moitié fonctionnaire. Je viens d'une famille de fonctionnaires. Les fonctionnaires en Espagne étaient d'abord nommés dans des petits villages. Puis ils commençaient à grimper dans la hiérarchie et finissaient leur carrière à Madrid, Barcelone ou Bilbao. Quand mon père a été nommé à Barcelone, il a rencontré ma mère. L'anarchisme, en Catalogne, c'est presque une tradition. Il y a trouvé une terre féconde, parce que la Catalogne était une région sans Etat. Elle dépendait de Madrid, mais l'incompétence du pouvoir central a toujours été si grande qu'elle a été comme indépendante sans être indépendante. C'était une des régions les plus pauvres d'Espagne. Aujourd'hui, sa richesse lui permettrait l'indépendance. Mais c'est trop tard, c'est absurde. Indépendant de quoi? Nous dépendons tous de la Banque centrale européenne! La poussée nationaliste est permanente et rencontre un certain succès surtout auprès des jeunes gens, à l'université, parce que c'est la dernière cause. Il n'y en a plus d'autre. Une ONG, c'est dangereux, parce qu'on peut vous envoyer au Mozambique, tandis qu'avec l'indépendantisme vous restez chez vous pour critiquer Madrid, en catalan. De toute façon, critiquer le nationalisme catalan est quasi impossible parce qu'on est aussitôt accusé de fournir des arguments à l'ennemi. Depuis des années, les indépendantistes se maintiennent à 17% de l'électorat, ce qui est suffisant pour peser sur le Parlement. Alors, est-on à la veille d'un éclatement de l'Espagne, comme on le dit souvent? Tout est possible, on ne sait jamais ce qui va se passer. J'ai vu tant de choses que je n'aurais jamais imaginées... La mort de Franco, par exemple: je croyais que j'allais mourir avant lui! Je préfère rêver d'un Etat fédéral ibérique, d'une "Fédération républicaine ibérique" que nous fonderions avec le Portugal et Gibraltar!

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