Lire ou relire Cortazar, c'est avant tout se plonger dans une époque et un lieu, le Paris des années 50 - 60.

Même s'il est Argentin, né à Bruxelles (1914), c'est Paris qui est la ville emblématique de Julio Cortazar. Il a contribué à en faire La ville des écrivains latino-américains. " Marelle ", son livre culte se passe à Paris. Grâce à lui, Paris est la capitale des lettres pour l'Amérique latine, capitale des écrivains et des lecteurs : " Combien ont-ils été les lecteurs qui se sont reconnus dans cet étrange couple romantique qui vagabondait dans Paris ". A Paris, il reçoit les exilés des dictatures, il devient le porte-parole des opposants à Pinochet et à Vidéla. Car, autre caractéristique de l'époque, Cortazar est engagé, à gauche, bien sûr, avec de nombreux écrivains il a fait le voyage à Cuba. Il en a gardé la barbe, et les idées de la Révolution naissante qui fait rêver. Cortazar est de tous les meetings de soutien, il anime des conférences, aide à la rédaction de textes, de tracts… Il contribue avec d'autres, à cette idée que Paris est la patrie de tous ceux qui sont privés de patrie. Rien d'étonnant à ce que plus tard François Mitterrand lui octroie, avec Milan Kundera, la nationalité française, à ce qu'il y passe le reste de sa vie et même qu'il y soit enterré au cimetière Montparnasse (1984).

En littérature également, Cortazar participe à cette époque, fasciné par les recherches formelles du Nouveau Roman, il déconstruit le roman. " Marelle " est une recherche sur la forme qui donne le tournis au lecteur, comme la marelle emporte les enfants qui s'aventurent entre le ciel et la terre. Ces textes courts surprennent autant par leur forme et leur organisation que par leur propos, leur sujet. Il s'agit comme dans Les Gommes de Robbe-Grillet de sujets très concrets : Comment remonter une montre, Instructions pour tuer des fourmis à Rome, …

Que reste-il alors de Cortazar pour le lecteur du XXIème siècle ? Tout d'abord l'humour, il est celui qui a introduit l'humour chez les écrivains sud-américains qui, sur la voie de la reconnaissance étaient extrêmement sérieux. L'humour et la dérision, il a proclamé que la littérature pouvait être un jeu, c'est encore une des facettes de " Marelle ". Ensuite il possède le goût et le talent du texte court, Cortazar est un des maîtres de la Nouvelle. C'est un de ces textes que je vous propose de lire, tiré du recueil Armes secrètes. Cette nouvelle, L'Homme à l'affût, raconte les derniers moments du saxophoniste de jazz, Charlie Parker. Elle nous fait toucher du doigt le génie de Parker, lui qui a révolutionné non seulement la manière de jouer du saxophone alto mais aussi l'harmonie du jazz. On n'improvise plus après Parker comme on improvisait avant, et cela est vrai pour tous les instruments.

Je vous conseille la lecture d'articles sur Cortazar, parus sur le site indescriptible et merveilleux : La République des lettres, qu'il ne faut pas confondre avec un autre site très intéressant pour qui aime la littérature : La République des livres de Pierre Assouline.

1er septembre 2008

http://www.sitartmag.com/cortazarjazz.htm La présence du jazz dans l’oeuvre de Julio Cortázar un article de Jacques Chesnel suivi d'un entretien avec l'auteur (février 1977)

http://www.republique-des-lettres.fr/204-julio-cortazar.php Très bel article sur Cortazar, sur les relations ambigües qu'il entretenait avec son père. Jugez plutôt, son père qui, comme c'est courant en Amérique latine, portait le même prénom, a tenté de lui interdire de signer ses oeuvres "Julio Cortazar" !

http://www.republique-des-lettres.fr/612-ugne-karvelis.php Entretien avec la traductrice et seconde épouse de l'écrivain.

http://les4cats.free.fr/vllosa.htm Préface aux Nouvelles (1945-1982) de Julio Cortazar (NRF Gallimard, 1994) Traduit par Albert Bensoussan. Une très belle réflexion sur Cortazar et le jeu.