En Uruguay, Benedetti était, depuis la mort d'Onetti, le représentant le plus connu et reconnu de la littérature contemporaine.Pour nous européens, il était l'écrivain latino-américain tel que nous l'imaginons : intellectuel de gauche, luttant contre la dictature militaire, exilé et retournant au pays avec la démocratie.

Fils d'immigré italien, d'origine modeste, il travaille dans la presse comme journaliste et très vite, il s'engage politiquement et socialement. Il mène de concert l'écriture journalistique et littéraire. Comme la plupart des écrivains de cette époque " il fait le voyage en Europe " plus spécialement en France où il travaille pendant deux ans. Dans les années 70, il commence une intense activité comme dirigeant politique et se heurte à la Dictature militaire. En 1973 il s'exilera à Buenos Aires, à Cuba puis en Espagne. L'exil sera pour lui particulièrement fécond d'un point de vue littéraire. En 1985, avec le retour de la démocratie, il revient et se fixe à Montevideo. Il poursuivra son œuvre et recueillera les premiers signes d'une reconnaissance internationale : médaille Gabriel Mistral, Prix Léon Felipe, Prix Reine Sophie…

Ecrivain prodigue, il laisse une œuvre très importante : poèmes, romans, nouvelles, essais et aussi des pièces de théâtre. Juan Manuel Serrat qui avait mis ses poèmes en musique avec son disque " El sur también existe " 1985 (Le sud existe aussi !) a dit de lui que " c'était quelqu'un de bien ". Même Mario Vargas Llosa qui est politiquement à l'opposé de Benedetti a souligné la sincérité et la continuité de son engagement. Lorsque l'on connait le peu de considération que l'écrivain péruvien a pour les intellectuels de gauche, on peut considérer qu'il s'agit là d'un éloge. Aux lecteurs de Macondo qui voudraient se faire une idée de l'écriture de Benedetti, nous pouvons leur conseiller le disque de Serrat en ce qui concerne la poésie que nous avons déjà citée, mais aussi un roman qui est peu lu en France : La Trève

Pas de réalisme magique, de paysages tropicaux, La Trève est le journal d'un petit employé de bureau. Nous sommes plus près de Kafka que de Garcia Marquez. Ce rond de cuir nous décrit sa vie professionnelle, familiale (il est veuf) et amoureuse d'une tristesse infinie. Seul événement qui va la bouleverser, un amour tardif pour une jeune employée de son service. Il faut savoir que l'Uruguay est très "européenne" dans son mode de vie et que c'est le pays des employés publics et des employés de bureau. Benedetti disait que : "L'Urugauy est le seul bureau dans le monde qui se soit haussé au rang de République." Mémorable, la réplique d'un de ses amours de passage qui lui confie "tu fais l'amour avec une tête de fonctionnaire" ou dans un autre passage : "Si jamais je me suicide un jour, ce sera un dimanche..."

 

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