Les Armées du Colombien Evelio Rosero a reçu le prix Tusquet 2006. Le jury, présidé par Alberto Manguel (auteur d'une érudite Histoire de la lecture) a déclaré avoir voulu " récompenser les mérites indiscutables d'un roman qui de façon convaincante présente un thème qui bien que récurrent n'en est pas moins difficile à aborder- la violence arbitraire et irrationnelle qui ravage un peuple- avec une élégance toute singulière et une aisance qui ne manque pas de dramatisme." Il vient d'être traduit.


Ce roman a pour toile de fond un village ou une petite ville imaginaire " San José " et pour thème principal la violence en Colombie. Cette violence est l'œuvre de quatre groupes armés (d'où le titre) : les narcotrafiquants, la guérilla, les paramilitaires et l'armée régulière. Mais ce roman va bien au-delà de la seule Colombie car il s'agit plutôt du sort des civils pris entre deux ou plusieurs feux, dans une guerre civile ou non, dont ils sont les victimes innocentes.

Le grand mérite de ce livre, qui en fait un roman remarquable et précieux c'est qu'il est à l'opposé d'un essai sur la violence : pas d'opinion, d'idée abstraite, de tentative d'explication rationnelle ; et pourtant il nous parle et nous fait sentir intimement l'absurdité et l'inhumanité de la situation. Nous partageons, nous lecteurs, le quotidien, les inquiétudes et nous connaissons les mêmes joies mais aussi les mêmes peurs que les autres villageois. L'auteur, avec beaucoup de talent, parvient à ce résultat en usant de différents procédés. Tout d'abord ce roman est écrit à la première personne, le narrateur est un vieil homme, Ismael, qui a été l'instituteur du village. Ensuite, par le style et par le vocabulaire très simple et très concret, le lecteur se met dans la peau du narrateur, il ressent ses limites physiques, car Ismael a du mal à se déplacer, il est souvent fatigué mais aussi ses limites intellectuelles, il a des trous de mémoire, se perd dans le village ne reconnaît plus certains villageois.Le lecteur assiste aux petits événements, et aux grandes catastrophes qui s'abattent sur "San José", aux actes de courage ou de lâcheté.

"Pourquoi cela nous arrive à nous ?" "qu'avons-nous fait pour mériter cela ?" sont les questions que l'on se pose en refermant ce livre. Ce sont celles que se posent les habitants de ce village, que se posent les Colombiens mais aussi toutes les personnes engagées malgré elles dans ces situations de violence.

Faites-vous une idée en lisant le début de ce roman.