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Homme complexe,
il s'est investi, certains diront compromis, en politique avant
de revenir à la création littéraire.
Dire "intellectuel"
en Amérique du sud, c'est dire "intellectuel de gauche". Mario
Vargas Llosa s'est distingué en se proclamant libéral et de
droite. En opposition avec la gauche apriste
lors du premier mandat calamiteux d'Alan
Garcia, il a fondé le mouvement Libertad et s'est présenté
aux élections présidentielles péruviennes de 1994 au cours desquelles,
lui, l'homme le plus célèbre du Pérou, a été battu par un candidat
inconnu, s'exprimant avec difficulté, d'origine japonaise, Alberto
Fugimori. Vargas Llosa, qui affiche dans son œuvre un intérêt
pour les petites gens, une sympathie sincère envers les minorités
oubliées et méprisées par les habitants des quartiers chics de Lima,
qui est détesté par la hiérarchie catholique à cause de ses livres
jugés licencieux ; s'est allié pendant cette campagne électorale
aux nantis et s'est affiché aux côtés de la moyenne et de la grande
bourgeoisie la plus réactionnaire. C'est parce qu'il représentait
ce pouvoir blanc qui n'avait jusque là jamais laissé les rênes du
pouvoir que le peuple lui a préféré cet ingénieur sans charisme
et sans véritable appui politique. Cette défaite qu'il n'a jamais
tout à fait comprise ni tout à fait admise l'a poussé à abandonner
la politique.
Depuis, cet
écrivain discipliné, véritable bourreau de travail écrit régulièrement
des articles dans les plus prestigieux journaux, participe à toutes
sortes de manifestations, intervient lors d'émissions de télévision,
supervise des adaptations cinématographiques ou théâtrales de ses
oeuvres et bien sûr, publie régulièrement des romans. Depuis cet
échec en 1990 il a publié 5 romans* qui sont tous à des différents
titres, remarquables. Si, pour les commodités de cet article qui
est avant tout une introduction à ce romancier il ne fallait en
retenir qu'un, je choisirais "La Fête du bouc" (La fiesta del
chivo) en montrant comment il s'inscrit dans un style qui s'affirme
dès ses premiers romans.
Le sujet est
comme souvent tiré de la réalité sud-américaine : ici, Saint Domingue
et son Dictateur Trujillo
qui a mené le pays de main de fer pendant 31 années. Bien que Mario
Vargas Llosa soit un personnage international : il parle couramment
plusieurs langues, connaît parfaitement les littératures états-unienne,
française, anglaise ou russe ; il vit et écrit à Londres, Madrid
ou Paris, c'est souvent le Pérou ou plus largement l'Amérique latine
qui sert de cadre à ce roman. Avec ce texte, comme toujours
avec Vargas Llosa, extrêmement bien documenté, nous pénétrons dans
l'intimité de ce dictateur si représentatif des dictateurs sud-américains.
Violent, vulgaire, machiste (le bouc faisant référence à son appétit
sexuel), paternaliste, Ce roman nous aide à comprendre sa façon
de penser et de réagir comme le système qu'il met en place pour
diriger et pour garder ce pouvoir. Ce roman raconte aussi une époque
car Trujillo pourrait être Pinochet pour le Chili, Videla pour l'Argentine,
Stroessner pour le Paraguay… La liste est longue.
Ce sont deux
histoires qui nous sont racontées, ce qui est classique chez cet
auteur, une par chapitres impairs et une par chapitres pairs. Chapitres
impairs, nous assistons au retour d'une femme à Saint Domingue,
elle revient après que le régime de Trujillo est tombé pour chercher
à comprendre des événements passés. Chapitres pairs, nous plongeons
dans l'univers terrifiant et ridicule du Dictateur. Les faits sont
extrêmement documentés se situent à un moment où le régime vacille
et où un complot se trame. Le plus intéressant me semble être le
ton des dialogues. Vargas Llosa trouve les mots, les intonations
qui collent au personnage. Un des attraits de cette structure est
la manière dont ces deux histoires vont se croiser, la relation
qui va exister entre elles. Ici, cette rencontre entre les deux
histoires sera particulièrement important.
Dans la controverse
qui a fait rage entre un Garcia
Marquez, ami de Fidel Castro et un Vargas Losa libéral proche
des Etats unis et de l'école de Chicago, il n'est pas nécessaire
de prendre parti sinon pour la littérature. On peut lire de son
oeil gauche Cent ans de solitude et du droit La Tante
Julia et le scribouillard.
Sur le même
sujet : article
du Monde diplomatique
Le fameux article sur les relations en tre Vargas LLosa et Garcia
Marquez Lire
- *Lituma
en los Andes, 1993 (Lituma dans les Andes, 1996)
- Los cuadernos
de don Rigoberto, 1997 (Les Cahiers de Don Rigoberto, 1998)
- La Fiesta
del chivo, 2000 (La fête au bouc, 2002)
- El paraíso
en la otra esquina, 2003 (Le Paradis - un peu plus loin, 2003)
- Travesuras
de la niña mala, 2006 (Tours et détours de la vilaine fille, 2006)
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